27.01.2009
dossier faits divers
Justice: une défense gratuite pour tous ?
Qui sont ces avocats que le justiciable ne paie pas ? Pour qui sont-ils réservés et pour quelles affaires plaident-ils ? Comment mènent-ils la tâche que l'Etat leur confie ?
Permanences au TGI:
Un dossier contre la montre
Les 14h sont passées au tribunal de grande instance (TGI) de Lille. En salle F, la séance de comparutions immédiates s'entame par le cas de Maxime Muller qui comparait pour violences conjugales.
Maxime Muller vient de passer 48 heures en garde à vue. Ce jeudi 22 janvier, il décide d'être jugé immédiatement. Grand, les cheveux mi-rasés, mi-longs, il pleure quand il arrive accompagné des policiers. Il choisi d'être jugé tout de suite.
Sous contrôle d'un huissier et d'une greffière qui vérifie la procédure judiciaire, le président présente le prévenu. « Maxime Muller, né le 13 décembre 1978 à Arras comparait aujourd'hui pour avoir porté des coups sur Laetitia L., sa concubine le 20 janvier à Lille. Il s'agit d'une récidive, puisque le 15 juin 2004, il a été accusé de faits similaires. Monsieur Muller a été condamné à quatre reprises au total. Il a un enfant de 18 mois, il est demandeur d'emploi ».
Maxime, d'une voix chevrotante commence par accuser le centre socio-culturel dans lequel il exerçait le métier d'animateur d'avoir perdu son dossier lors de leur déménagement. Puis, il revient sur les faits principaux. Il plaide coupable tout en apportant des précisions. « Vous croyez que c'est facile tous les jours de vivre avec une dépressive, une hystérique, monsieur le président ? Vous croyez que c'est facile de vivre 24heures sur 24 avec la même personne ?» demande-t-il en noyant sa question dans ses larmes. « Laetitia m'a dit qu'elle s'absentait une heure. Finalement elle est restée toute la journée dehors, me laissant le ménage et le gosse alors que j'ai des problèmes de santé énormes. Quand elle est rentrée, on s'est engueulé. Elle a cassé ma canne à pêche, celle que ma mère m'avait offerte à Noël. » Nouveau flot de sanglots. « J'y tenais beaucoup... Alors moi aussi, je me suis mis à lui casser ses affaires. Et voilà ensuite, c'est parti tout seul. Il n'y a pas de problème monsieur le président. Je suis devenu un sale type. Ce que j'ai fait est horrible. Je n'aurai pas dû. C'était plus fort que moi. »
-Mais, monsieur Muller, Laetitia affirme pourtant que ce n'était pas la première fois. Pourquoi rester avec cette personne si elle a des problèmes psychiatriques, si ça se passe mal ?!
-Parce que je l'aime crie presque l'accusé en reversant un nouveau torrent de pleurs.
L'auditoire est demeurée silencieuse sous le coup de l'émotion. Sur les bancs du public, tous les yeux sont rivés sur Maxime. Certains ont eux aussi les larmes aux yeux.
Cet après-midi, exceptionnellement, il n'y a que deux affaires de comparution immédiate. Le coordinateur, responsable de la défense pénale a désigné l'avocat permanent, Maître Lecoin pour défendre M. Muller. Il corrige le président : «J'ai consulté le dossier de mon client. Il a récidivé pour violence mais pas pour violence conjugal. » Maxime d'ajouter qu'il aimerait être soigné et que maintenant, il souhaite « être un bon père mais plus un bon mari. » Le jeune avocat débutant, qui n'a pu voir son client que dix minutes avant l'audience démarre sa plaidoirie. « Monsieur le président, de dossier n'est pas un dossier comme les autres. C'est assez rare d'entendre quelqu'un qui s'explique en comparution immédiate. Maxime est criant de sincérité. Il pleure depuis le début de sa garde à vue. » M. Lecoin, qui exerce depuis un an est particulièrement « touché » par l'histoire qu'il vient de défendre. « Mon client craignait les pires peines quand je l'ai trouvé dans les geôles du Palais où il a été déferré. On travaille dans le speed. Il faut expliquer la procédure. » explique-t-il en attendant le verdict. « Pour moi, c'est très formateur. Je suis payée par la Caisse des réglements pécuniaires des avocats (CARPA) et je touche 480 € pour la journée que je fasse une, deux, ou quatre affaires. A cela, enlevez l'URSSAF, la cotisation retraite... » A côté de ça, M. Lecoin travaille dans un cabinet d'avocat qui refuse les cas d'aides juridictionnelles. « Je prends les dossiers qu'on veut bien me donner. Donc la permanence me permet de mettre du beurre dans les épinards ! »
15h35. Le président rend le jugement. « Par décision contradictoire, le tribunal vous déclare coupable et vous condamne à six mois d'emprisonnement avec sursis avec mise à l'épreuve. Vous êtes dans l'obligation de travailler et interdiction de retourner vivre avec Laetitia L. Le tribunal n'a pas donné la peine plancher en raison des circonstances.» Maintenant, Maitre Lecoin n'a qu'une hâte, celle de pouvoir suivre l'interrogatoire de son client devant le juge d'instruction.
*Le nom de l'avocat commis d'office a été changé sur demande de l'intéressé
Témoignage d'un justiciable
« Je l'ai pris comme un confident »
« La première fois que j'ai eu affaire à la justice, c’était en juillet 2006. J’avais 27 ans. Je suis passé au tribunal correctionnel en Loire-Atlantique (44) pour bagarre et agression envers des mecs de Tour. C’était tout bête. On s'est embrouillé pour une place de parking. Moi et mes pot', on s'est regaré ailleurs. On retombe sur le type qui nous avait pris la première place en ville. On est allé le voir pour lui expliquer qu' on avait pas apprécié. Il l' a mal pris et on en est venu aux mains. Il est allé chercher une matraque dans sa voiture. Dans la nôtre, nous avons alors saisi un bout de bois. Et des deux côtés, on a cogné. Les pompiers sont arrivés et le Tourangeaux a été conduit directement à l'hôpital.
Pour nous quatre, c'est interpellation et garde a vue. Deux potes sont sortis et, à deux on a été déférés. On a pu avoir un avocat commis d’office. J e n’ai pas pu le voir plus d'une demi-heure avant l'audience. Il m'a demandé ce que je plaidais. J'ai choisi la légitime défense.
Il est sympa, tu l’écoutes te donner des conseils. Puis, le procureur nous a fait la moral avant que la sanction tombe. Trois mois de prison avec sursis. Sans lui, je ne sais pas si je m’en serai sorti comme ça. Il a beaucoup appuyé sa plaidoierie sur mon travail. J’ai donc découvert le système judiciaire sur le tas. Il n’est pas mal fait même si je n'ai pu voir mon avocat qu'une demi-heure avant. Il avait déjà une bonne connaissance du dossier. Je l’ai pris comme un confident. Il m’a mis en confiance. Il m’a conforté dans ta décision de plaider coupable. La victime, il l'appelait monsieur X. Moi, je ne savais même pas le nom de la personne que j’avais frappé. »
09:36 Publié dans Justice | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note










