14.02.2009
L'assiette de vers
La nutrition reste indéniablement un langage humain. Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es révelait Anthelme Brillat-Savarin dans sa Physiologie du goût .
Il faut manger pour vivre mais pas vivre pour manger. Baudelaire, lui n'a jamais pu faire passer les nourritures alimentaires au-dessus des nourritures spirituelles. " Tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours, de poésie jamais" a-t-il écrit. Rien n'a jamais remplacé la beauté des verbes, les images qui s'entrechoquent gracieusement, les rythmes découpants.
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04.01.2009
PORTRAIT
Hopla
A l'approche de la sortie de son disque « Berceuse » offert gratuitement à toutes les nouvelles mamans, René Egles remet l'Alsacien à l'ordre du jour. Rencontre du musicien couronné par le Bretzel d'or 1978 attribué par l'institut des Arts et traditions d'Alsace.

Hopla. « Tape dans les mains, tape des pieds ! » chante en Alsacien René Egles aux enfants. Instituteur, puis professeur au collège Kleber de Strasbourg, la carrière du guitariste chanteur prit un nouvel élan en 1981. Le recteur de l'académie de Strasbourg lui propose alors de se détacher de l’enseignement et de rendre visite aux enfants des écoles d'Alsace pour chanter, danser avec eux et leur faire découvrir ou redécouvrir et apprécier le dialecte. «L'Alsacien est une forme dégénérée de l'Allemand apparue au 4ème ou 5ème siècle avec l'arrivée des Alamands. » explique l'artiste qui s'érige en véritable sauveur de cette langue. « Notre dialecte se perd à cause du jacobinisme parisien et ça ne sert à rien de pleurer. Il faut agir ! Et, c'est pour ça que je m'attaque aux enfants... » René Egles a été meurtri par le conflit de 1939-45. Par l'après-guerre aussi où dans les rues, des affiches affirmaient qu' il était chic de parler Français, où l'école punissait dès qu'on parlait Alsacien. Aujourd'hui, l'homme de 69 ans, aux cheveux et barbe bouclés, grisonnants et foisonnants n'est pas d'accord non plus avec les comiques comme Marlyse Riegenstiehl, qui se moquent de l'Alsacien et de son accent. Ni avec la tyrannie du Strasbourgeois qui cherche à imposer son parler en se moquant des « péquenots des villages ».
« Mon but est de promouvoir l'Alsacien »
« Parle comme ta maman t'as appris » récite le chanteur en traduisant un proverbe de sa région. « Mon but est de promouvoir l'Alsacien, ma langue maternelle, ma langue de cœur pour qu'elle ne se perde pas. Le plus beau parcours possible, c'est quand une chanson de René Egles devient une chanson alsacienne que d'autres groupes folkloriques reprennent. C'est là la véritable consécration. » Guitariste, chanteur autodidacte depuis ses 17 ans, il n'exclue aucune forme musical. Sans doute le plus connu des chanteurs alsaciens, René Egles a tourné également en Allemagne et en Suisse, là où on le comprend. Il a voulu montrer que l'on pouvait chanter en « blue jean's et en basket ». Et sa recette c'est de parler de tout. « Quand on reste deux heures sur scène, vous ne pouvez pas constamment taper sur le même clou » Sa chanson préférée reste Im Babbe sini Schlappe (en français la pantoufle du papa) dans laquelle il raconte l'histoire d'un chausson que l'on ne retrouve jamais. Hopla !
L'amitié Liederbrunne
Ainsi que d'autres Liedermacher, ces artistes à l'origine de chansons d'auteur dans l'espace germanophone, René Egles fait partie de l'association Liederbrunne. Comme les circuits traditionnels de vente refusent de plus en plus les oeuvres en Alsacien, en Badisch (dialecte allemand) ou encore celles des Lorrains, Liederbrunne en fait son cheval de bataille. Créée en 1997, elle s'occupe bénévolement de la promotion et de la vente des disques de ces chanteurs dialectophones. Grâce à elle, l'Organisme de langue et culture régionales (OLCA), le Conseil régional d'Alsace et les journalistes en reçoivent gratuitement. Paul et Marie-Jeanne Grussenmeyer, le trésorier et sa femme ont dû convaincre René Egles de vendre ses CD. Lui, n'a jamais eu l'âme très commerciale. Et pourtant, « De tous, c'est lui qui se vend le mieux, qui plaît le plus » explique Marie-Jeanne Grussenmeyer. « Mais c'est encore lors de ses concerts qu'il a le plus de succès. De l'ordre d'une cinquantaine ! » affirme-t-elle. Le principe de Liederbrunne réside principalement dans la vente par correspondance, directement à partir du site internet. Et, parmi les acheteurs, on trouve beaucoup d'Allemands.
Pour Rene Egles,l'appartenance à cette association constitue plutôt « une amitié » confie le chanteur. « Nous sommes tous dans le même bateau. On rame tous dans la même direction...»
19:45 Publié dans Langue française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : alsacien; egles; bretzel d'or; alsace
23.12.2008
Interview
Interview avec Georges Gastaud, professeur de philosophie en classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) au lycée Condorcet de Lens
« J'ai l'impression de vouloir arrêter la marée avec un balai »
Georges Gastaud est à l'origine du Manifeste progressiste pour la défense de la langue française. L'enjeu principal aujourd'hui est de se battre contre l'anglais omniprésent dans notre société.
L.T. : Bonjour ! Qu'est-ce que le Manifeste de la langue française ?
G.G.: L'histoire remonte à 2005. Il s'agit d'un appel de 1000 signataires pour tous afin de revaloriser la langue française, en perte de vitesse. Pas de manière puriste ou snob mais simplement de faire prendre conscience combien l'anglais a pris trop d'ampleur dans nos sociétés. Je ne me bats pas pour le français théâtral ou de la grande littérature. Non, justement, je pense que pour que notre langue revive, il faut laisser la place à toutes les expressions de notre langue. Sms, langage courant... Aujourd'hui il s'agit de fonder le Collectif populaire de résistance linguistique (COPREL). Le comité militera pour que l’enseignement du français soit rétabli dans toute sa force, car la maîtrise par tous de la langue nationale est la clé de la citoyenneté. Par exemple, Valérie Pecresse a demandé récemment qu'il y ait des cours entièrement en anglais à partir de la licence. C'est un scandale !
L.T. : Pourtant certains prônent le polylinguisme et on ne voit pas en quoi c'est un mal...
G.G. : Bien sûr... Mais ça va trop loin. Moi aussi je ne suis pas pour le monolinguisme, mais pour le polylinguisme On n'est pas obligés d'avoir des cours de mathématique en anglais ! Quand on entend dire Ernest Antoine Seilliere « désormais je ne parlerai plus qu en anglais » ou encore Jean-Claude Trichet s'excuser devant des anglophones en affirmant « I'm not a french man », on a de quoi avoir peur ! Aujourd'hui, les trois quarts des enseignes des magasins à Paris sont en anglais. Quand vous allez chercher votre pain, vous lisez « open » sur la porte d'entrée ! Vous avez déjà gagné une coupe de tennis ! L'open d'Australie ! On ne peut pas écrire « Ouvert » ?! Le pire c'est que, je suis rentré dans cette boulangerie et j'ai demandé à la boulangère si elle vendait du « bred ». Elle ne savait pas ce que c'était... On ne parle même pas anglais mais de l'anglais de bas étage...
L.T.: L'anglais petit nègre oui...
G.G. : Oui, ce qu'on utilise en France s'appelle le globish. Du tout et n'importe quoi. C'est triste. On essaie même pas de franciser l'anglais. Mais on ne prend pas l'accent anglophone. C'est ridicule. En Espagne, au moins, ils reprennent des mots anglais mais ils les hispanisent. Futbol par exemple ! Ce que je trouve grave c'est que, si on ne réagit pas, le français va ficher le camp...
L.T. : Il est dur aujourd'hui de faire machine arrière, en effet. Ce que vous souhaitez vous, c'est qu'on s'arrête un peu, qu'on souffle et qu'on prenne peut-être le temps de réfléchir. Qu'est-ce que vous attendez au juste ?
G.G. Il faut que les gens réagissent maintenant !! Qu'ils fassent un tout petit geste. Vous savez, avant la guerre de 14-18 en France, on ne parlait que des patois et le français était celui de Paris. J'ai connu la disparition du Niçois personnellement et je trouve ça rageant au niveau du patrimoine de notre pays ! Ce matin, j'ai été une nouvelle fois choqué en découvrant un magazine qui vient de sortir intitulé « Books » qui parle de livres français !! « Books » !! Et, regardez ce qu'on a eu à l'eurovision cette année pour représenter la France. Une chanson en anglais !! Sauf que ça n'a pas marché ! La France n'a pas gagné pour l'Eurovision !
L.T.: C'est la Russie qui l'a emporté. Cela ne signifie pas pour autant qu'en choisissant une chanson en français on aurait gagné. Aujourd'hui, on sait ce qui marche... L'album Back to black de la britannique Amy Winehouse par exemple !
G.G.: Oui, bien sûr. Mais quand on est nul, il ne s'agit pas de mettre les choses en anglais pour être bon ! Je ne crois pas que ce soit l'anglais qui rende les choses meilleures. Exemple. Les deux meilleurs mathématiciens aujourd'hui en France, M. Laforgue et Alain Connes écrivent encore leurs livres en français ! Ils sont médaillés Fields eux !
L.T. : Dans la langue française, la première origine des mots étrangers est bien l'anglais. Puis vient l'italien comme dans scenario par exemple... Vous vous obstinez sur l'anglais, les reste ne vous dérange pas ?
G.G.: Quand vous dites scenario, ça sonne très bien en français. Samovar, un mot d'origine russe ne dérange personne, ça sonne comme cauchemard... Ces mots sont rentrés dans la langue française, sans abus et sans snobisme. On ne change pas notre manière de lire pour autant !
L.T. : C'est sûr. On prononce « Week end » d'une autre manière que lorsqu'on utilise « end « dans différend par exemple... Quoiqu'il en soit, on a besoin de gens comme vous qui se battent pour sauvegarder notre langue
G.G. : J'ai l'impression de vouloir arrêter la marée avec un balai. Vous savez, en philosophie, on vous apprend qu'il y a un mode de pensée particulier pour chaque langue. Les structures de phrases structurent la pensée. Un langage unique pour le monde entier conduit à une pensée unique.
Et c'est ce que je veux éviter. Alors vive la philosophie !
L.T. : Alors vive la philosophie ! Et merci...
G.G. : A vous...
Allerplus loin : http://www.defenselanguefrancaise.org
13:02 Publié dans Langue française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note










