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12.12.2009

Patrick Bloche, un maire "fantastiquement heureux"

Patrick Bloche

L.T.: Vous êtes depuis 2008, maire de l'arrondissement de Paris où l'on trouve le plus d'habitants au mètre carré ( 415 par hectare). Comment vous sentez-vous dans ce rôle ? Quelle satisfaction y trouvez-vous ?

P.B: Je me sens fantastiquement heureux. Mon prédécesseur (Georges Sarre NDLR) était resté 13 ans, un renouvellement s'avérait nécessaire. Pour moi, c'était la possibilité de dire et de faire ce que j'avais envie, ce qui n'était pas mon rôle en tant que député. C'est celui à qui on confie ses tracas quotidiens. Le mandat de maire est le plus populaire en France.

J'aime donc ce rapport très personnalisé avec un arrondissement de 153000 habitants et le fait d'avoir à gérer l'urgence.

 

L.T.: Lors du dernier conseil d'arrondissement, une de vos conseillère abordait le sujet de la charte parisienne de la Participation. Ce texte comportait un volet important sur la propreté. Les 16 et 17 décembre prochains une opération devrait d'ailleurs être menée dans l'arrondissement. Quel résultat concret en attendez-vous ?

P.B. : Ce dossier de la propreté est difficile pour deux raisons: d'abord du fait de cet arrondissement de fête, avec de fortes activités commerciales et nocturnes surtout rue Oberkampf et faubourg st-Antoine. C'est plus difficile que d'entretenir l'ouest parisien ! Ensuite, les incivilités sont plus fortes qu'hier.

 

L.T. Oui, ce dossier de la propreté n'est donc pas évident pour vous...

P.B.: Voilà. On a donc déjà testé une Opération coordonnée de Nettoyage approfondi (ocna) à belleville. A un instant t tout était propre. Les encombrants avaient été enlevés, les agents de la ville avaient épuré à grands jets les rues. Comme tout ça veut avoir une vertue pédagogique, on va maintenant sanctionner, verbaliser pour ceux qui laisseraient des choses encombrantes ou bien des déjections canines.


L.T. Vous avez dit "vouloir faire encore plus, encore mieux" pour la mandature de 2008. Quels projets vous tiennent particulièrement à coeur ?

P.B.: Il ne s'agit pas non plus de dire "c'était nul, ce sera génial" ! Trois opérations d'urbanisme me tiennent particulièrement à coeur. Le onzième souffre actuellement d'un déficit de logements sociaux et de crèches proportionnellement à sa population. On enregistre une forte demande d'équipements publics. Et, comme il n'y a plus de place pour la construction, on réhabilite.

Deuxièmement, beaucoup d'acteurs culturels y habitent. On n'hésite pas à injecter une bonne partie de l'argent public là-dedans. Le festival Onze bouge, gratuit pour les habitants du onzième doit notamment se perpétuer. Enfin, le développement durable occupe la plus grande partie de notre temps en réunion n'information et de concertation. Je rajouterai que l'espace public reste également parmi mes principales préoccupations. Notons que par rapport à mon prédécesseur qui avait tout bloqué sur le vélo, j'ai réouvert les débats et une grande réunion sur les pistes cyclables aura lieu en janvier.

 

L.T. Patrick Bloche, vous êtes aussi député et secrétaire national chargé des médias au PS. Quelles sont vos ambitions pour les régionales ?

P.B.: Des ambitions personnelles, je n'en n'ai aucune. Je ne suis pas candidat. Je souhaite que le PS reste responsable dans une majorité de régions et suis très soucieux que mon parti conserve l'Ile-de-France où vit un français sur cinq ou six.

 

L.T.: Le PS apparaît plus divisé que jamais. On se souvient du traité constitutionnel en 2005 où déjà certains élus du parti défendait becs et ongles le "oui" tandis que d'autres prônaient le non. En 2008,  6 motions bien distinctes sont présentées au congrès pour l'élection du secrétaire de parti. Autant d'idéologies différentes, n'est-ce pas déjà annonciateur de divisions ?

P.B.:En effet, la c'est une mauvaise chose. Certains pensent plus à eux qu'au parti. De mauvaises habitudes ont été prises. Et pourtant, paradoxalement, on n'a jamais été autant proche qu'aujourd'hui malgré les 6 motions hors Utopia.  Les querelles de pensées n'ont plus rien à voir avec celles qu'il y avait jadis entre Mitterrand et Rocard dans les années 70.

 

L.T.: A l'UMP, à de rares exceptions près comme Rama Yade, les politiciens savent se taire quand une décision a été prise et acceptent leur défaite si leur idée n'a pas été retenue. Cette stratégie ne semble-t-elle pas meilleure que la votre pour attirer des électeurs ?

P.B. : A l'UMP, on cultive le culte du chef. On en choisit un quitte à ensanglanter plusieurs politiques et on respecte ensuite ses décisions. En 1981, tout le monde avait peur de Mitterrand . Tout le monde le vouvoyait. C'est peut-être ce qui nous a permis de gagner. Maintenant, faudrait qu'on accepte au PS de respecter l'autorité du premier secrétaire du Parti.

 

L.T.: Comment voyez-vous les élections présidentielles de 2012 ?

P.B.: Très ouverte. Sarkozy est en très mauvaise posture. Le ressort est cassé. Les gens n'en veulent plus. Ses mécaniques sont usées. Quant à ceux comme BHL qui prétendent que le "PS est mort", ils m'agacent au plus haut point. D'autant que j'ai une certaine complicité avec Martine Aubry. Il va falloir s'y prendre à temps et préparer les élections très tôt mais c'est très open.

 

L.T.:Il suffirait de presque rien, d'y croire, de se rassembler, d'arrêter les querelles intestines…

P.B.: Oui, absolument. Et ce qui m'énerve en ce moment sont ces gens que je croise comme Delanoe. Ils ne m'engueulent pas. Comme si ce n'était plus la peine tellement on est fichu. Or j'aimerai qu'on m'engueule ! Eux, ils n'ont meme plus de colère, source, moteur de dynamisme et de redressement souvent. Or l'essentiel justement est de garder espoir.

 

 
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